Quelques grandes lignes historiques


Dans la commune, les paysages résultent de l’interaction complexe de différents facteurs : les roches, les conditions climatiques et l’activité humaine, qui ont contribué à leur construction. Couvrant une surface de 1286 hectares, le territoire de la commune se situe en rive droite du Gardon d’Alès, à hauteur de sa confluence avec le Galeizon. Depuis le lit du torrent (alt 123 mètres) jusqu’au point culminant, 563 mètres, au sommet du Moncalm, les chênes alternent avec les châtaigniers, les buis et les arbousiers pour les espèces locales, parfois diluées par les espèces exogènes comme le robinier (d’origine asiatique) ou le reboisement de cèdres, pins maritimes ou d’érables. L’exposition des versants, associée à l’altitude et à la nature des roches qui composent le sous-sol (calcaires, micaschistes, granites, grés) participent à la répartition de la végétation. L’aspect du paysage actuel découle des éléments naturels (pluie, neige, vent, température) auxquels s’ajoutent des facteurs humains (anthropisation progressive des milieux depuis la préhistoire).

Les premiers hommes

L’occupation humaine de la commune semble remonter au cardial et au chasséen (environ 4000 ans avant J.C.) voire au mésolithique (environ 5000 ans avant JC). Les abris sous roche des rives du Galeizon à Boudonne permettent à l’homme de se sédentariser. D’autres cavernes comme celle des Plantiers lui servent de tombeau collectif ou de lieu de culte. Plus tardivement, les tumuli de la crête de Moncalm confirment la présence pérenne d’une communauté humaine relativement importante. Les premières activités agropastorales impliquent le défrichage de la forêt. Les dépôts alluvionnaires, le long des rives du Galeizon, offrent des surfaces planes favorables aux premières cultures.

 

La préhistoire

La période préhistorique commence avec l’implantation romaine vers 400 ans avant JC. La construction d’une villa sur l’emplacement actuel de l’Abbaye, protégée par un fort militaire sur la colline du Puech, ouvre une période de prospérité de la commune dont le point culminant est l’implantation d’une abbaye et d'une importante communauté monastique dès le IXème siècle.

De l’ère de la laine à celle de le soie

A la fin du XVIIème siècle, les Cendrasiens sont touchés par une récession de l’industrie lainière, imputable à la cherté des laines mais aussi à l’introduction de filatures et de bonneteries de coton, qui vont s’ajouter aux progrès de la soie. L’hiver 1709 est considéré comme une époque charnière entre l’ère de la laine et celle de la soie. Du fait de la destruction par le froid d’un grand nombre d’oliviers, notamment sur la colline du Puech au Valat Pelet à la Blaquière et autour des Serres et des Campels, ils sont remplacés par des mûriers.

 

Guerre des camisards, mauvais temps pour les abbayes

A la révocation de l’Edit de Nantes, les conflits religieux aggravrent une situation économique déjà difficile. On note les attaques successives de l’abbaye par les Camisards (1703 - 1704), des destructions à Malataverne, à Rieusset, à Sauvages par la troupe de Jean Cavalier et le massacre de quelques familles catholiques comme les Cabanis à la Blaquière, Garoï, Gacet et son gendre Villefort, D’Arbousset, David Legal et Antoine Michel à Malataverne, Jacques Rondelle du Rat. Auxquels s’ajoutent l’assassinat du Sieur de La Fare devant le château de Courbessas (9 juin 1703) et la destruction des maisons de Jacques Masbernard, Jen rech et Pierre Plancher à Malaterne (27 août 1704).

 

On plante des arbres au bord des routes

Par ailleurs, suite aux dégâts commis par les troupeaux de chèvres associés aux crues dévastatrices du Galeizon, les chemins et les arbres qui bordent les berges passent à la charge des propriétaires et riverains par ordonnance royale. Les voies de communication de la paroisse sont alors plantées de mûriers, amandiers, oliviers, saules, peupliers, platanes, chênes verts et châtaigniers. Les inondations ont détruit le chemin de Mende à hauteur du Mas de Boudonne, anciennement « Mas del pédès d’Estrecht » dont le propriétaire Jehan Rochier, forgeron, souhaitera être enterré sur le perron de l’entrée principale de l’Abbaye.

 

Le pont des camisards

Quant au pont des Camisards, sa construction est arrêtée par ordonnance du 23 août 1707. Il a pour but de remplacer le passage à gué, le plus souvent impraticable du fait des crues du Galeizon. Après maintes péripéties, sa construction s’achève en 1728.

 

La peste à Cendras

Vers 1720, le budget de la paroisse s’alourdit considérablement. Aux réparations de la toiture de l’église et du presbytère, s’ajoutent les impôts des deniers royaux et de la capitation qui s’élèvent à 1142 limes 18 sols et un denier, les gages du maître d’école (150 limes) et du garde-terre (45 limes). En 1791 la situation démographique et économique s’aggrave: la peste atteint la ville d’Alès et ses environs. Cendras est relativement épargné, alors que dans la ville proche il meurt quinze personnes par jour. Les Cendrasiens sont mis en quarantaine et les récoltes ne sont pas faites. Deux individus, Pierre Mazel et Pierre Benoît, ayant désobéi aux arrêtés en allant faire les moissons en pays Gévaudan, sont mis en quarantaine dès leur retour, l’un au mas de Goujouse, l’autre à celui du Théron et il est interdit aux Cendrasiens de communiquer avec eux, sous peine de mort. La Baume et Soustelle deviennent des lieux de séjour pour les nobles et les riches bourgeois d’Alès, seuls autorisés à sortir de la ville et qui attendent là que l’épidémie cesse.

 

Le charbon, 200 ans d'essor pour les Cévennes

A partir de 1744, les édits royaux favorisent les exploitations minières en concessions, alors que la soie est en pleine expansion. Les Cendrasiens sont embauchés pour extraire le charbon du sous-sol, notamment par Tubeuf, qui organise les premières exploitations industrielles à partir de 1771. La mise en place progressive des exploitations charbonnières et l’expansion florissante de l’industrie de la soie favorisent la croissance démographique. La commune de Cendras comptent ainsi une population de 593 habitants avant la révolution française (1788). De nouvelles concessions minières de charbon permettent ensuite de nouvelles exploitations de charbon, notamment à Rochebelle / Cendras (Valat Pelet, 1812), à Malataverne / Rieusset / Olimpies, 1825) et Malataverne (1830). Cette phase d’expansion économique peut expliquer la création de la première école primaire, avec un seul instituteur, Pierre Gilly, ainsi que la création d’un bureau de bienfaisance (1828). En effet, la création d’une école primaire gratuite en 1830 vient en aide à une population besogneuse aux faibles ressources, peu payée par la mine.

Usine à chaux de la Blaquière

A La Blaquière, une industrie florissante, celle de la fabrication de chaux, entraine la création d’une usine (1834) par messieurs Gilles, Jacques et Pierre, ingénieurs aux arts et métiers, qui vont tirer parti des calcaires de la colline du Puech pour fabriquer des chaux hydrauliques de bonne qualité. La cuisson se fait sur place dans des fours dont certains sont encore visibles aujourd’hui. On trouve la trace de 24 fours.

Pendant la guerre, un rendement de 30 tonnes par jours en moyenne, correspond à une production annuelle de 10°000 à 11°000 tonnes de chaux. Cette usine emploie un nombre élevé d’ouvriers, participant ainsi à l’essor économique de la commune. Essor lié au développement des mines de charbon d’Alès et de La Grand’Combe, ainsi qu’aux industries périphériques comme la métallurgie à l’usine de Tamaris, tous ces sites employant de la chaux, soit pour la construction, soit pour la fabrication du mâchefer ou du laitier.

 

Construction de plusieurs écoles et arrivée de l’électricité

A partir de 1861, on constate une décroissance régulière en milieu rural. Cendras semble épargné par ce phénomène puisque la population atteint 840 habitants. Les autres communes de la vallée semblent plus affectées par les maladies qui déciment les éducations de vers à soie (pébrine et flacherie).

De 1899 à 1918, la population continue de croître par les extensions minières. La société Romain-Boyer achète les mines de Malataverne (1899 – 1900) ainsi que l’exploitation de celle de Comphigoux – Rieusset. Cendras compte alors 947 habitants.

La commune de Cendras, qui est en partie rurale, fait partie du bassin minier des Cévennes et bénéficie des apports dus à l’aménagement de celui-ci, notamment par la création de deux écoles de filles à Malataverne, l’une catholique, l’autre protestante et l’ouverture d’une école libre de filles au Puech (1900). Le préfet du Gard, au vu du nombre d’habitants, approuve la construction d’un bureau de poste (1901). La création d’une ligne de haute tension entre Alès et La Grand Combe (1919) facilite la création d’un réseau électrique à la Blaquière, la Baume et Malataverne (1922).

 

Trois vagues d’immigration redessinent le village

Le manque de main d’œuvre dans les mines de charbon au sortir de la première guerre mondiale, entraine un recrutement à l’étranger. C’est ainsi que la première communauté slave (Polonais, Tchèques, Russes) s’installe dans de nouvelles constructions, autour du monastère (les actuelles rues Malinovski et Gabriel Péri). Cette même communauté entreprend la reconstruction de l’Abbaye, en ruine, pour en faire un lieu de culte.

A ce premier noyau d’immigrés, s’ajoutent entre 1930 et 1935, de nouveaux arrivants portugais, italiens et espagnols, toujours recrutés pour travailler dans les mines de charbon d’Alès et de La Grand’Combe, alors que les communes périphériques sont toujours en décroissance. Ces apports de main d’œuvre étrangère sont conséquents puisqu’en 1938, on compte 30°399 étrangers dans tout le département du Gard. La construction de nouvelles habitations se poursuit et se mettent en place la rue Vincent Faïta avec ses commerces, les avenues Arthur Vigne et Jean Moulin.

Cette arrivée de population nécessite aussi des aménagements : de nouvelles écoles voient le jour et une troisième vague d’immigrés nord africains permet à la commune d’atteindre un pic démographique avec 2781 habitants en 1968.

Les communes périphériques sont toujours en perte de leurs habitants avec une déprise particulièrement sévère dans les zones de montagne (Saint Paul La Coste, Saint Martin de Boubaux, Lamelouze, Soustelle).

C’est bien avant 1968 que de nouvelles constructions HLM voient le jour, route des Fonzeaux, pour accueillir les mineurs héraultais, transférés dans le bassin minier des Cévennes.